Depuis début novembre , je suis entrée dans la grande salle de la Spécialité. Derrière moi j'ai laissé la porte entre-ouverte de mes six années de médecine, je n'ai pas voulu la claquer ni la fermer, pour laisser un petit filet de somatique flotter derrière moi. Après être entrée dans cette grande salle au plafond haut, j'ai aperçu un océan et j'ai plongé dans l'eau d'une toute petite crique. Heureusement, j'avais appris quelque peu auparavant à reconnaître l'eau et ses vagues, ses agitations et ses calmes plats, son bouillonnement de colère et ses rochers à vif.
Je suis rentrée par l'une des plus petites portes pour découvrir la psychiatrie, celle des bien ou mal-nommés (cela dépend des jours) Troubles Envahissants du Développement. Tous les pédo-psychiatres ne sont pas aptes à diagnostiquer ce trouble, et moi je commence par là. Les premières semaines, j'ai réalisé que je n'avais dû qu'effleurer quelques pourcents de la Psychiatrie lors de mes années d'externat. D'où l'océan. Les premiers staffs on n'y comprend rien. Peu à peu, on se raccroche aux petits bouts de théories traînant ci et là dans notre cerveau, et on comprend un peu. Ensuite, on achète de nombreux livres sur le sujet, et il est vaste. La pédopsychiatrie est très complexe, on y brasse la pathologie enfantine, les conditions sociales, l'éducatif... Il n'y a pas qu'un patient en face de vous, il y a les parents. Pour débuter, avoir 3 personnes d'un coup au lieu d'une seule... Faire face à 3 esprits en même temps, observer chacun tout en parlant, décoder le non verbal tout en écoutant, noter ses propres ressentis... Pendant les cours dispensés aux internes, on apprend à décortiquer un entretien, à faire avec notre subjectivité, nos intuitions, en les considérant comme importantes sans faire de conclusions hâtives, nous ne faisons qu'hypothéser... Hypothésons, hypothésons... certainement comme toutes les autres spécialités médicales, mener un entretien psychiatrique est tout un art.